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18 mai 2006 4 18 /05 /mai /2006 23:25

Au fait, mais qu’est-ce qu’on fait au Rwanda ?

 C’est une bonne question. La réponse est plus facile qu’il n’y parait : on vit.

 Vous allez me dire, « vivre » cela consiste en quoi ?

 Réponse.

 

Toutes les réflexions que nous avons menés avant de partir ajoutés aux discussions avec les uns et les autres et à nos maigres expériences de stage passées, nous ont progressivement mieux fait comprendre pourquoi nous voulions faire un stage différent de ceux que nous avions fait précédemment (en ONG, en Entreprise et à l’ONU). Nous commencions à sentir de manière diffuse que bien souvent, en voulant occuper un poste à responsabilité, nous passions à côté de l’essentiel, c’est-à-dire de la rencontre avec ceux que nous prétendons aider. L’idée même d’ « aider » nous devenait de plus en plus insupportable. En ouvrant petit à petit nos yeux restés grand fermés, nous nous apercevions que beaucoup de projet qui voulaient « aider », qui voulaient « améliorer la vie des gens » faisaient plus de mal que de bien. Pourquoi ? Car la majorité des ces projets n’avaient pas pris le temps de s’élaborer avec les personnes les plus concernées, les fameux bénéficiaires !

 

 

 

 

 

 

 

 

 





Au Rwanda nous avons quelques amis qui travaillent dans des ONG ou aux Nations Unies. Il vivent plus ou moins comme des rois, loin de la population, la journée ils sont le plus souvent dans des bureaux… Mais comment peuvent-ils espérer comprendre la réalité que vivent les personnes qu’ils veulent aider en vivant eux-mêmes de cette manière ?!? Ce n’est tout simplement pas possible. Quand on discute avec eux nous voyons bien à quel point ils ont du mal à comprendre les gens qu’ils sont sensé aider. Ce n’est pas par mauvaise volonté, c’est parce qu’il ne sont pas dans un cadre qui le leur permet. Je ne dis pas que nous, on comprends tout, loin de là, mais c’est sûr qu’en vivant au quotidien avec des enfants qui sont considérer comme des moins que rien, on ressent, plutôt qu’on ne comprend, un certains nombre de choses, sur leurs « problèmes » mais aussi sur leurs « rêves, projets et envies » pour l’avenir.

 





En venant au Rwanda nous avions envie de vivre en contact avec ceux justement qui sont les premiers à lutter contre la pauvreté au jour le jour, c'est-à-dire, ceux là même qui la vivent. Il nous semblait qu'avant de vouloir “faire”, il fallait prendre le temps de “comprendre” et donc d'apprendre.  


Comme le dit Tierno Bokar, sage soufi de Bandiagara au Mali :


« Voir et critiquer les inégalités sociales, les dénoncer avec des grands gestes et de grands mots est plus facile que de se faire humble soit même à l’égard des moins favorisés. »

 





Ce qui fonde notre démarche, c’est l’idée que dans un projet de développement, l'important n'est pas de vouloir développé l’autre à partir d’un manque chez lui, mais de se rendre disponible et d'offrir à l’autre cette rencontre, cette écoute et cette reconnaissance.

 





Pour nous la rencontre est déjà une activité en soi.


A notre arrivée au CPAJ nous avons pris le temps de sentir ce que l’équipe encadrante souhaitait que nous fassions tout en insistant sur le fait que notre envie première était de vivre avec les jeunes. C’est à partir de là que nous avons développé nos « activités » de cours de français et surtout d’ateliers pains.


  1. Cours de français

     


Dans un premier temps donc, ils nous ont proposé de donner des cours de français aux étudiants qui suivent les formations professionnelles de couture et de coiffure. Nous nous sommes mis d’accord pour prendre chaque classe pendant 1h30 deux fois par semaine…


 

 





 

 





         Quels sont les objectifs de ces cours ?


Dès le départ nous avons tenu à insister auprès de jeunes pour que ces cours se fassent de manière dynamique et qu’ils soient basés sur deux principes :


 - La réciprocité : nous leurs enseignerions le français et eux nous enseigneraient le kinyarwanda.


 - L’oralité : conscient de la difficulté d’apprendre le français nous avons entièrement tourné notre enseignement vers la dialogue.


         Quel bilan tirons nous de ces cours ?


Nous ne sommes pas satisfait des cours de français. En effet, nous avons rapidement senti que la motivation des jeunes n’était pas au rendez-vous. Sûrement en partie à cause de notre piètre qualité de professeurs, mais aussi à cause de la difficulté de la langue, les étudiants n’ont jamais montré un grand enthousiasme pour apprendre le français.


Prenant acte de notre échec, nous avons décidé à partir du deuxième trimestre, qui a commencé le 18 avril, de faire avec ces classes de formations professionnel du pain et du français. Nous prenons donc à présent chaque classe une fois par semaine pour 3h, pendant lesquelles nous faisons du pain. Pendant la levée de la pâte, nous partageons quelques notions de français relatives à la boulangerie.


Bien qu’encore imparfaite, cette formule à un attrait beaucoup plus grand pour les jeunes.


  1. Les ateliers pains

     


En partant au Rwanda nous n’avions jamais imaginé que notre activité principale allait tournée autour du pain. Le hasard a voulu que le CPAJ soit parfaitement équipé pour faire du pain, car il y avait auparavant une formation professionnelle en boulangerie fermée il y a deux ans. Par ailleurs, nous avions pris en France depuis un an l’habitude de faire notre propre pain à la main.

 





Observant le désœuvrement des jeunes nouveaux qui passent leur journée au CPAJ sans activités précises nous leur avons proposé de faire du pain deux fois par semaine.


Nous avons décidé de leur enseigner deux choses. D’une part comment faire le pain « Nadejda » qui veut dire « espoir » en Bulgare aussi appelé le pain de l’amitié car ce pain à la particularité d’être constitué de pleins de petits bouts différents, très facile à partager.


Ensuite nous leur avons appris à faire des beignets, ce qui se fait déjà au Rwanda. Cependant, nous rajoutons dans ces beignets de la purée de banane et du zeste de citron. Exquis.


         Quels étaient les objectifs de ces ateliers pains ?


-          Occuper les jeunes


-          Leur apprendre à faire le pain et les beignets ce qui leur serait toujours utile pour plus tard


-          Nourrir les 120 enfants qui mangent dans le centre le midi


-          Développer la fierté des jeunes et la confiance en eux : non seulement ils sont capables de faire du bon pains tous seuls, mais ils sont capables de nourrir tous les autres enfants qui viennent manger au centre, alors que bien souvent ils sont considérés comme des bons à rien.


 

 





         Quel bilan tirons nous de ces ateliers pains ?


Le bilan est globalement très positif. Les enfants et les jeunes de la formation professionnelle sont très contents d’apprendre à faire le pain et les beignets.


Par ailleurs pour des enfants qui mangent tous les midis de la pâte de maïs avec des haricots, il est très goûteux de voir leur repas régulièrement agrémenté de pain et de beignets.


La question difficile qui reste en suspend est de savoir comment après notre départ, les jeunes pourront continuer à faire du pain.

 





  1. La Vie avec les jeunes

     


Il est essentiel de comprendre que notre stage ne peut se résumer en une série « d’activités ». En effet notre activité principale consiste en la vie partagée avec les jeunes.


Après un mois dans une maison en centre ville, nous avons fait le choix de venir vivre dans le centre même avec les jeunes.


Beaucoup de gens ont tenu à nous mettre en garde contre cette idée : « attention, c’est dangereux de vivre avec des enfants des rues, ce sont des voleurs et ils peuvent être violents. » Même certains membres de l’équipe encadrante du centre nous ont dit : « êtes vous sûr de vouloir vivre avec les jeunes car c’est possible qu’ils vous volent ou qu’ils vous tapent. ».


Mais après avoir passé un mois à entamer une rencontre avec les jeunes qui vivent dans le CPAJ, nous étions prêt à venir habiter avec eux et nous étions à peu près sûr que nous ne risquions rien.


Nous avons donc commencé notre vie avec les jeunes. Vie qui consiste à jouer au foot, à discuter, à préparer à manger, à jouer au basket, à regarder les mouches voler pendant 2h assis sur un banc, à aller visiter un membre de leur famille, à marcher par delà les collines,…


 

 





         Quel bilan tirons nous de ce temps de vie ensemble ?

 





Au début bien sûr ils se demandaient bien ce que ces blancs pouvaient leur vouloir et qu’est-ce que nous faisions là. Mais rapidement ils ont compris que nous voulions juste être amis avec eux et la méfiance du départ a fait place à une relation chaude et amicale.  


Aujourd’hui nous avons développé avec les 9 jeunes qui vivent dans le centre ainsi qu’avec un des deux veilleurs de nuit, une relation de confiance beaucoup plus forte que ne l’ont les encadrants du centre avec les jeunes.


Un exemple peut illustrer pleinement le niveau d’amitié et de confiance au quel nous sommes arrivés : il nous arrive régulièrement de prêter notre IPOD ou lecteur MP3 aux enfants du centre, ces fameux « voleurs » et de laisser la clé de notre chambre au veilleur de nuit, Bertin pour qu’il puisse s’entraîner à taper sur notre ordinateur.


Cela fait plaisir de voir l’évolution de nos relations avec les jeunes du « qu’est-ce qu'ils viennent foutre chez nous ces bazungu ? » au « non non, Ben et Ignace sont des banyarwanda » que rétorquent les jeunes quand quelqu’un dans la rue nous traite de « bazungu ».


Vous allez nous dire qu’est-ce que notre vie en commun apporte aux jeunes ?


Eh bien, cela leur montre que …


         Tous les hommes sont des hommes et qu’ils sont tous égaux, que se soit un enfant qui vit dans la rue - considérer par tous comme un moins que rien - ou un blanc - considérer par beaucoup comme supérieur…


         Il n’y a pas de différence entre les blancs et les noirs


         Nous pouvons être amis et se respecter mutuellement malgré nos origines géographiques et sociales différentes


         Ces jeunes sont des êtres humains à part entière et sont digne de respect et de confiance. Nous essayons de leur donner les deux.


         Ils peuvent et doivent être fières d’eux-mêmes et croire en leurs capacités. Rejeter l’image du bon à rien.

 


Et nous qu’est-ce que cela nous apporte ?


Cela nous fait réfléchir sur nos modes de vies. Cela nous apprends à être plus humble. Cela nous fait prendre conscience encore plus fortement qu’auparavant que les « pauvres » ne sont pas de bouts de bois qui se laissent porter par l’eau, mais que ce sont des gens qui se battent au jour le jour pour essayer de mieux vivre.


Et plus simplement cela nous apporte le bonheur de partager tous ces moments de vie avec des amis.


 

 





Voila c’est un peu long, mais c’est ce que nous vivons.  


Au plaisir de vous voir. Prenez soin de vous.

 


Ignace et Ben

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Published by Ben et Ignace - dans tuzareba
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