Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles Récents

5 août 2006 6 05 /08 /août /2006 20:38

Toutes les bonnes choses ont une fin. Nous voici de retour en France.

 

 

 

Nous revenons vraiment content du temps que nous avons vécu avec les jeunes. C’est la première fois que nous revenons d’un stage sans aucuns regrets, tout simplement content.

 

 

A l’heure de faire le bilan, nous allons donner la parole aux personnes avec qui nous vivions car finalement ce sont eux les seuls « juge » du temps que nous avons passés ensemble.

 

 

 

Il ne s’agit pas de juste de vouloir faire les malins en mettant en avant leurs compliments mais de vous montrer pourquoi nous revenons heureux et satisfait de ce voyage.

 

 

 

Elisée Musemakweli, le président de l’Eglise dont dépend le centre :

 

« Votre action nous a rappelé que les jeunes n’avaient pas seulement besoin de vêtements d’un toit et de quoi se nourrir. Ils ont aussi besoin d’amitié, d’être écouté,… Peut être l’avions nous un peu oubliés. »

 

 

 

Marie Louise Umwerina, la coordinatrice du CPAJ

 

« C’est la première fois que des Blancs viennent vers nous sans aucun sentiments de supériorité. Nous avons déjà reçu, beaucoup de volontaires occidentaux, tous très gentils, mais parce qu’il venaient dans l’idée de nous aider, ils se plaçaient malgré tout au-dessus de nous. Vous vous avez choisis de vivre avec les enfants, à leur niveau, cela change tout. »

 

 

 

 

Jean-Pierre Ntaganda, un ancien enfant du centre, devenu aujourd’hui un des encadreurs.  

 

« J’ai sentis que vous étiez différents, parce que vous avez choisis de vivre comme nous, sans supériorité. Le moment où je l’ai vraiment compris c’est quand j’ai vu Ben porté le sac de 25 kilos de charbon sur son dos. Jamais je n’avais vu un blanc porter quelque chose comme ça. »

 

 

 

Un jeune « nouveau » du centre lors de notre repas d’adieu avec tous les enfants : 

 

« Je voudrais remercier Ignace et Ben de ne jamais nous avoir regardé de haut et considéré comme des élèves. Ils nous ont appris à faire le pain pas en tant qu’enseignant, mais en tant qu’amis. »

 

 

Noël, 18 ans, le plus grand des enfants qui dorment au centre. Un de nos meilleurs amis.  

 

« Les jours que nous venons de passer ensemble nous ont appris belles des choses. Avec vous j’ai découvert des choses que je ne pourrais jamais connaître tout seul. J’ai retrouvé le vrai sens de vivre et la joie d’être homme malgré les difficultés que j’ai. »

 

 

 

Pendant que nous étions la-bas nous avons interviewé Venuste Kayimahe, rescapé du génocide, il travaillait dans le centre culturel français à Kigali avant le génocide.

 

 

Il est l’auteur de du livre France-Rwanda : les coulisses du génocide dont voici la critique :

 

La simplicité d’un récit vrai :

 

« France-Rwanda : les coulisses du génocide. Un titre un peu trop " choc " pour un livre au style simple et touchant. Si Vénuste Kayimahe évoque les relations complices de la France et des tenants du génocide, c’est avant tout son histoire personnelle que l’auteur nous raconte. Son innocence face à la discrimination dont, dès sa scolarité, il a été victime. Son ingénuité lorsqu’il travaillait au Centre d’échanges culturels franco-rwandais. Aux premières loges, il a vu comment Paris se faisait complice du régime corrompu et raciste d’Habyarimana. Il a été le bon nègre des officiels du Quai d’Orsay. Sans jamais collaborer, simplement en faisant son métier de technicien audiovisuel. Sans comprendre tout à fait l’horreur qui se tramait.

 

Puis vint la guerre. A force de maintenir un pouvoir décadent par une pression constante sur les ressorts de la haine raciale, le système Habyarimana implose. La collaboration française lui survit. Vénuste, comme bien d’autres, connaît alors l’exil. Sa situation au Centre lui fournit des appuis. Bien loti ? Comment accepter la mendicité de ceux -consulats, ambassades- qui lui tendent la main sans reconnaître l’Enfer dans lequel son pays est plongé ? Vénuste souffrira du silence mensonger des autorités françaises, rwandaises et kenyanes. Dans tous les pays qui l’accueillent, c’est l’omerta. L’Onu, la communauté internationale, se taisent. Lui-même, qui apprend la mort de sa propre fille par une lettre, se sent complice. " A divers degrés, l’Humanité entière est responsable ".  

 

Contre le silence, Vénuste a écrit ce livre. A lire absolument »

 

 

 

 

Voici donc la restitution des échanges que nous avons eu le lundi 8 mai 2006 au Restaurant Panafrique, à Kigali entre Venuste Kayimahe, Benjamin Chapeau et Ignace Fabiani. C’est un peu long, mais très intéressant.

  

 

 

 

12 ans après le génocide, comment jugez-vous la position du gouvernement français concernant sa propre responsabilité dans le génocide ?

 

 

J’ai l’impression que cela n’évolue pas. Il y a quelques balbutiements, quelques frémissements, comme la Commission d’Enquête Citoyenne (CEC). Mais cela ne va pas plus loin que ces balbutiements. Je suis déjà déçu par le travail de la CEC même si j’ai essayé de m’y investir.

 

 

 

Pourquoi êtes-vous déçu par la CEC ?

 

En fait cela se présente comme je m’y attendais : cela monte un peu comme un soufflet puis cela retombe sans aboutir à quoi que se soit. C’est ce que je disais au départ quand les gens voulaient monter ce projet. Il sont de bonne volontés c’est vrai, mais on dirait que ces gens là ne connaissent pas leur peuple ni leur gouvernants. Je me disais bien que cela n’irait pas très loin car la France officiel est très intelligente, elle sait comment éteindre un incendie, surtout quand cela menace chez elle.

 

 

 

Suite aux plaintes déposés contre des militaires français, l’attention se focalise de plus en plus sur ce qu’ils auraient faits pendant l’opération Turquoise, et pourtant d’autre témoins dont le générale Dallaire sur France Inter en 2004, affirment que des militaires français étaient là pendant toute la durée du génocide ? Qu’en pensez vous ?

 

Bon je ne pense pas que le Générale Dallaire ait intérêt à mentir là-dessus. Moi je ne les ai pas vu parce que je ne suis resté que 2 semaines pendant le génocide. Mais ce que j’apprenais quand j’étais à Nairobi, c’est qu’il y avait des soldats français qui étaient restés avec l’armée rwandaise. Certains se sont même retrouvés coincé au mont Kigali à un moment donné par le FPR, et ils ont du se replier à Gitarama avec le gouvernement génocidaire. Moi j’ai vu des gens qui ont été évacués par le FPR qui m’ont dit avoir vu des soldats français pendant le génocide. Certains de ceux qui travaillaient à l’ambassade de France m’ont dit qu’ils avaient vu au Rwanda en mai 1994 des personnes que nous avions côtoyés à l’ambassade ou au centre culturel français entre 1990 à 1994. 

 

Les militaires français ne sont pas tous partis en 1993. Certains sont restés. On les voyait dans la rue, venir au centre culturel,… Ils disaient être de la coopération militaire.

 

 

 

Qu’est-ce que ces militaires faisaient entre 1993 et le début du génocide ?

Ils encadraient l’armée rwandaise. Ils préparaient la guerre contre le FPR.

 

 

 

Et pendant le génocide, quelle pouvait être leur rôle ?  

Pareille, ils encadraient les génocidaires.

 

 

Pourquoi ?

Pour eux c’était la poursuite de la guerre contre le FPR. Ils devaient soutenir un régime qui menaçait de s’écrouler alors qu’ils avaient œuvrés à la constituer pendant quatre ans. Ils ne pouvaient pas l’accepter. Les ordres de Paris c’était de soutenir quoiqu’il arrive ce gouvernement.

 

 

Même au point de soutenir un génocide ?

Oui. Cela ne rentrait pas en ligne de compte.

 

 

 

Les militaires français présent au Rwanda portaient quel uniforme ?

Cela dépendait des unités dans lesquelles ils étaient incorporés, parce qu’il y en a certains qui restaient dans leurs unités française, d’autre qui intégraient des unités rwandaise,… Il y en avait qui voulaient se déguiser et d’autres qui ne se déguisaient pas.

 

 

Entre 1990 et 1994, avant le début du génocide, j’en ai vu qui portaient entièrement l’uniforme rwandais, de haute en bas, d’autres qui portaient l’uniforme des légionnaires, d’autres des paras. Là c’était un jeu de théâtre. Parfois les légionnaires portaient des habits de parachutistes. Apparemment ils jouaient un jeu pour nous troubler. Nous ne savions plus qui était qui. 

 

Ce qui confirme aussi que certains français portaient l’uniforme rwandais et même qu’ils étaient là pendant toute la durée du génocide, c’est le fait que le journaliste du Figaro, Patrick de Saint Exupéry, raconte que pendant l’opération turquoise il a vu un militaire français portant une vareuse de l’armée rwandaise s’effondrer sous ses yeux. Forcément cet uniforme rwandais il ne l’avait pas quitté depuis bien avant le génocide. Il n’est pas venu avec l’opération Turquoise pour s’habiller en militaire rwandais. Cela signifiait qu’il avait suivi le cheminement de l’armée rwandaise depuis le début du génocide. Il n’y a pas d’uniforme de l’armée rwandaise en France et en tout cas aucune raison pour qu’un militaire français intervenant sous mandat de l’ONU décide de porter l’uniforme d’une armée qui est entrain d’encadrer un génocide. S’il le porte, c’est qu’il a toujours été là. Ce sont des choses comme ça qui énervent car on voit comme les gens sont de mauvaise fois quand ils essayent de nier l’évidence.

 

Ce que je sais aussi c’est que quand tu passes à Kibuye ou les français sont passés pendant Turquoise, les personnes nous ont donné de nombreux témoignages sur le fait que les Français disaient aux génocidaires : « il faut enterrer tous ces corps, il ne faut pas que les journalistes ou les satellites les voies ». Donc ils donnaient des conseils aux Hutus qui avaient commis le génocide. Les français étaient accompagnés par certaines autorités locales qui ont encadré le génocide. Ils conseillaient aussi de raser complètement les maisons détruites pour que cela ressemble à des champs cultivés et que l’on ne voit pas les destructions. Au départ moi je ne prenais pas trop au sérieux les gens qui nous donnaient ces témoignages, même s’ils avaient l’air spontanés. Mais à force que ces témoignages se multiplient à la fois dans la bouche de certains génocidaires et de certains rescapés, j’ai fini par accepter qu’il y ait une partie de vérité dans tout cela.

 

 

Est-ce que vous ne pensez pas que les Rwandais utilise la France pour se dédouaner d’une partie de leur propre responsabilité dans le génocide ?

  

 

Je ne sais pas. En tout cas, je crois que le Hutu des collines qui avoue qu’il a coupé des gens il ne dit pas que c’est le français qui est venu lui dire de couper les gens, mais quand il me dit que le français est venu lui dire d’enterrer les corps alors je suis porté à le croire. En me disant cela il ne se décharge pas de son propre crime.

 

 Je pense qu’il faut faire une distinction entre les témoignages des simples paysans et des anciens militaires qui eux sont probablement amenés à mentir sur la France pour se défendre.

 

 

 

En France certains universitaires veulent ramener le débat autour de l’attentat contre l’avion qui transportait le président Habyarimana, qui a eu lieu le 6 avril 1994 et qui serait le signal déclencheur du génocide … Qu’en pensez-vous ? Qu’en pensent les rwandais ?

 Les rwandais ne savent pas trop quoi en penser. Tout et son contraire a été dit sur cet attentat. Mais que l’attentat ait été commis par la France, par des extrémistes Hutus ou par le FRP, cela change quoi ? Cela change quoi par rapport aux nombreux massacres de Tutsis qui ont eu lieu entre 1990 et 1994 alors même que des soldats français étaient partout au Rwanda ? Cela change quoi concernant la nuit du 6 au 7 avril 1994 où la garde présidentielle, qui avait été formé et était encore encadrée par des militaires français, s’est mise dès la chute de l’avion a procédé à l’élimination de tous les Hutu membres de partis d’oppositions ? Cela change quoi sur toute la période du génocide ? Cela change quoi concernant les bébés qui ont été tués, les mamans enceintes qui ont été éventrés ? Ce ne sont pas eux qui avaient descendus l’avion. Ma fille qui avait 13 ans, ce n’est pas elle qui a descendus l’avion. Ma mère avait 73 ans et habitait à 150 kilomètres de Kigali, ce n’est pas elle qui a descendus l’avion. Pourquoi les ont-ils massacré ?

 

 

 Si c’est Kagame qui a descendus l’avion, tout le monde savait où il était, pourquoi ils ne sont pas allés le chercher. Les Français avaient les moyens d’arrêter le génocide s’ils l’avaient voulus.

 

 Je crois donc que l’avion c’est juste pour détourner l’attention. Car on peut dire que l’attentat contre l’avion a déclenché le début du génocide, mais ce n’est pas l’avion qui a planifié le génocide, qu’il l’a organisé. Le génocide était préparé avant et il était préparé avec la France, avec les militaires français, avec l’ambassade de France. L’histoire de l’avion ne va pas exonérer les génocidaires.

 

  

 

Comment jugez-vous le travail accomplis par les Gacaca, les tribunaux populaires ?

 C’est une demi-réussite, ou un demi-échec comme on veut. Mais il n’y a pas de solution miracle et celle-ci marche tant bien que mal. Mais surtout les Gacaca cela fait aussi partie de ces preuves qui accusent l’humanité. Ce qui m’intéresse c’est cette vérité qui transparaît dans les Gacaca, cette reconnaissance par des rwandais qui ont commis le génocide qu’ils ont bien commis un génocide. Mais aussi les belges, mais aussi les français, les suisses, les américains,… ne pourront plus dire qu’il n’y a pas eu de génocide des Tutsis au Rwanda, que c’était juste une guerre ethnique… Si 1 million, 2 millions ou plus de rwandais disent dans les Gacaca, « oui nous avons commis le génocide, nous devions tués tous les Tutsis pour les exterminer », et si c’est consigné quelque part, s’ils disent tous les préparatifs qu’il y a eu, comment ils ont été sensibilisés, comment ils ont reçus des armes, comment ils ont été encouragés à creuser des trous,… là cela fait quand même une accusation énorme, cela fait une vérité que nulle ne pourra effacer, pas même le bon Dieu.

 

 

 

Pour moi c’est cela le plus grand avantage des Gacaca, la vérité de l’histoire qui est une vérité qui restera.

 

 

 

 

Le gouvernement parle beaucoup de réconciliation. Et vous qu’en pensez vous ?

Moi je ne crois pas en la réconciliation. Enfin c’est plutôt que je n’ai pas envie de me réconcilier. Je n’ai pas besoin de me réconcilier, je n’ai fait de mal à personne. Pourquoi on me demande de me réconcilier ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce que les Tutsis ont fait ?

 

 

La réconciliation c’est de la politique. Le mot « réconciliation » cela implique beaucoup de choses. Qu’on parle de pardon, oui. Que des gens demandent pardon pour avoir tués, et torturés d’autres personnes, qu’on aille voir des rescapés pour les supplier d’accorder leur pardon, cela je le comprends, qu’on les supplies, mais qu’on ne les oblige pas. Personne ne doit être obligé de pardonner.

 

Mais la réconciliation ? Il me semble que l’on se réconcilie quand on a tous les deux fautés, qu’on a chacun notre part de mauvaise conduite envers l’autre. Moi je n’en ai pas eu. J’y reviens, mais ce n’est pas ma fille qui avait 13 ans qui s’est mal conduite contre ces gens là, elle ne savait même pas ce que c’était qu’un Hutu et un Tutsi. Ce n’est pas ce fétus qu’on a extrait du ventre de sa mère pour l’écraser contre le mur qui avait mal agit !… Les gens peuvent demander un pardon qu’on leur accordera ou pas mais que l’on nous parle pas de réconciliation.

 

C’est aussi la pression de la communauté internationale qui veut absolument que l’on parle de réconciliation sinon ils ne nous laissent pas vivre. Ok, mais pour moi ce mot c’est une blessure de plus parce qu’on me culpabilise, on m’oblige à me culpabiliser, et à ressentir que je dois quelque chose à l’autre, à celui qui à tuer les miens. On me dit que je dois faire un pas vers lui et que l’on se pardonne mutuellement. Mais qu’est-ce que je lui ai fait ?

 

Vraiment ce mot est blessant. Qu’on me demande pardon je peux accorder. Et encore, je n’accorderais le pardon que pour ce qui m’a été fait à moi, pas pour ce qui a été fait aux miens. Ils n’ont qu’à aller les chercher là où ils sont pour leur demander pardon. Je n’ai pas le droit de pardonner à leur place.

 

  

 

Les rwandais arrivent-ils à revivre ensemble ?

Les gens vivent ensemble par la force des choses, parce qu’on est obligé puisque ce sont de voisins qui ont tués d’autres voisins et que après le génocide on est toujours voisins. Et puis c’est l’instinct de survie qui oblige les gens à vivre ensemble, à se supporter,… parce qu’ils n’ont pas le choix. Je crois que les gens essayent d’oublier, qu’ils essayent de ne pas manifester tous les jours ce qui leur fait mal. La souffrance cela ne veut pas forcément dire l’esprit de revanche. La souffrance on la vit au quotidien, on la vit dans ses nuits, on la vit toutes les secondes, toutes les minutes, elle est dans la peau et dans le cœur. Mais la souffrance ne signifie pas revanche, ne signifie pas vengeance. On peut vivre avec sa souffrance en présence de celui qui vous a fait ça. Ce qui serait le plus dure, c’est d’avoir toujours peur que cela recommence. De se dire, le voisin qui est là en face de moi, devant ma porte, qui a tués mes trois enfants, il est peut être entrain de planifier de me tuer, là évidemment ce ne serait pas vivable. Donc la seule chose qui fait que les gens peuvent vivre ensemble, c’est que les uns vivent avec leur souffrance, les autres espérons-le avec leurs remords, mais ils ne vivent pas avec leur rancœur. Ce que l’on ne veut pas c’est vivre avec la hantise que cela recommence. Heureusement il existe quand même une sécurité relative au Rwanda aujourd’hui.

 

 

Repost 0
Published by Ben et Ignace - dans tuzareba
commenter cet article
18 mai 2006 4 18 /05 /mai /2006 23:25

Au fait, mais qu’est-ce qu’on fait au Rwanda ?

 C’est une bonne question. La réponse est plus facile qu’il n’y parait : on vit.

 Vous allez me dire, « vivre » cela consiste en quoi ?

 Réponse.

 

Toutes les réflexions que nous avons menés avant de partir ajoutés aux discussions avec les uns et les autres et à nos maigres expériences de stage passées, nous ont progressivement mieux fait comprendre pourquoi nous voulions faire un stage différent de ceux que nous avions fait précédemment (en ONG, en Entreprise et à l’ONU). Nous commencions à sentir de manière diffuse que bien souvent, en voulant occuper un poste à responsabilité, nous passions à côté de l’essentiel, c’est-à-dire de la rencontre avec ceux que nous prétendons aider. L’idée même d’ « aider » nous devenait de plus en plus insupportable. En ouvrant petit à petit nos yeux restés grand fermés, nous nous apercevions que beaucoup de projet qui voulaient « aider », qui voulaient « améliorer la vie des gens » faisaient plus de mal que de bien. Pourquoi ? Car la majorité des ces projets n’avaient pas pris le temps de s’élaborer avec les personnes les plus concernées, les fameux bénéficiaires !

 

 

 

 

 

 

 

 

 





Au Rwanda nous avons quelques amis qui travaillent dans des ONG ou aux Nations Unies. Il vivent plus ou moins comme des rois, loin de la population, la journée ils sont le plus souvent dans des bureaux… Mais comment peuvent-ils espérer comprendre la réalité que vivent les personnes qu’ils veulent aider en vivant eux-mêmes de cette manière ?!? Ce n’est tout simplement pas possible. Quand on discute avec eux nous voyons bien à quel point ils ont du mal à comprendre les gens qu’ils sont sensé aider. Ce n’est pas par mauvaise volonté, c’est parce qu’il ne sont pas dans un cadre qui le leur permet. Je ne dis pas que nous, on comprends tout, loin de là, mais c’est sûr qu’en vivant au quotidien avec des enfants qui sont considérer comme des moins que rien, on ressent, plutôt qu’on ne comprend, un certains nombre de choses, sur leurs « problèmes » mais aussi sur leurs « rêves, projets et envies » pour l’avenir.

 





En venant au Rwanda nous avions envie de vivre en contact avec ceux justement qui sont les premiers à lutter contre la pauvreté au jour le jour, c'est-à-dire, ceux là même qui la vivent. Il nous semblait qu'avant de vouloir “faire”, il fallait prendre le temps de “comprendre” et donc d'apprendre.  


Comme le dit Tierno Bokar, sage soufi de Bandiagara au Mali :


« Voir et critiquer les inégalités sociales, les dénoncer avec des grands gestes et de grands mots est plus facile que de se faire humble soit même à l’égard des moins favorisés. »

 





Ce qui fonde notre démarche, c’est l’idée que dans un projet de développement, l'important n'est pas de vouloir développé l’autre à partir d’un manque chez lui, mais de se rendre disponible et d'offrir à l’autre cette rencontre, cette écoute et cette reconnaissance.

 





Pour nous la rencontre est déjà une activité en soi.


A notre arrivée au CPAJ nous avons pris le temps de sentir ce que l’équipe encadrante souhaitait que nous fassions tout en insistant sur le fait que notre envie première était de vivre avec les jeunes. C’est à partir de là que nous avons développé nos « activités » de cours de français et surtout d’ateliers pains.


  1. Cours de français

     


Dans un premier temps donc, ils nous ont proposé de donner des cours de français aux étudiants qui suivent les formations professionnelles de couture et de coiffure. Nous nous sommes mis d’accord pour prendre chaque classe pendant 1h30 deux fois par semaine…


 

 





 

 





         Quels sont les objectifs de ces cours ?


Dès le départ nous avons tenu à insister auprès de jeunes pour que ces cours se fassent de manière dynamique et qu’ils soient basés sur deux principes :


 - La réciprocité : nous leurs enseignerions le français et eux nous enseigneraient le kinyarwanda.


 - L’oralité : conscient de la difficulté d’apprendre le français nous avons entièrement tourné notre enseignement vers la dialogue.


         Quel bilan tirons nous de ces cours ?


Nous ne sommes pas satisfait des cours de français. En effet, nous avons rapidement senti que la motivation des jeunes n’était pas au rendez-vous. Sûrement en partie à cause de notre piètre qualité de professeurs, mais aussi à cause de la difficulté de la langue, les étudiants n’ont jamais montré un grand enthousiasme pour apprendre le français.


Prenant acte de notre échec, nous avons décidé à partir du deuxième trimestre, qui a commencé le 18 avril, de faire avec ces classes de formations professionnel du pain et du français. Nous prenons donc à présent chaque classe une fois par semaine pour 3h, pendant lesquelles nous faisons du pain. Pendant la levée de la pâte, nous partageons quelques notions de français relatives à la boulangerie.


Bien qu’encore imparfaite, cette formule à un attrait beaucoup plus grand pour les jeunes.


  1. Les ateliers pains

     


En partant au Rwanda nous n’avions jamais imaginé que notre activité principale allait tournée autour du pain. Le hasard a voulu que le CPAJ soit parfaitement équipé pour faire du pain, car il y avait auparavant une formation professionnelle en boulangerie fermée il y a deux ans. Par ailleurs, nous avions pris en France depuis un an l’habitude de faire notre propre pain à la main.

 





Observant le désœuvrement des jeunes nouveaux qui passent leur journée au CPAJ sans activités précises nous leur avons proposé de faire du pain deux fois par semaine.


Nous avons décidé de leur enseigner deux choses. D’une part comment faire le pain « Nadejda » qui veut dire « espoir » en Bulgare aussi appelé le pain de l’amitié car ce pain à la particularité d’être constitué de pleins de petits bouts différents, très facile à partager.


Ensuite nous leur avons appris à faire des beignets, ce qui se fait déjà au Rwanda. Cependant, nous rajoutons dans ces beignets de la purée de banane et du zeste de citron. Exquis.


         Quels étaient les objectifs de ces ateliers pains ?


-          Occuper les jeunes


-          Leur apprendre à faire le pain et les beignets ce qui leur serait toujours utile pour plus tard


-          Nourrir les 120 enfants qui mangent dans le centre le midi


-          Développer la fierté des jeunes et la confiance en eux : non seulement ils sont capables de faire du bon pains tous seuls, mais ils sont capables de nourrir tous les autres enfants qui viennent manger au centre, alors que bien souvent ils sont considérés comme des bons à rien.


 

 





         Quel bilan tirons nous de ces ateliers pains ?


Le bilan est globalement très positif. Les enfants et les jeunes de la formation professionnelle sont très contents d’apprendre à faire le pain et les beignets.


Par ailleurs pour des enfants qui mangent tous les midis de la pâte de maïs avec des haricots, il est très goûteux de voir leur repas régulièrement agrémenté de pain et de beignets.


La question difficile qui reste en suspend est de savoir comment après notre départ, les jeunes pourront continuer à faire du pain.

 





  1. La Vie avec les jeunes

     


Il est essentiel de comprendre que notre stage ne peut se résumer en une série « d’activités ». En effet notre activité principale consiste en la vie partagée avec les jeunes.


Après un mois dans une maison en centre ville, nous avons fait le choix de venir vivre dans le centre même avec les jeunes.


Beaucoup de gens ont tenu à nous mettre en garde contre cette idée : « attention, c’est dangereux de vivre avec des enfants des rues, ce sont des voleurs et ils peuvent être violents. » Même certains membres de l’équipe encadrante du centre nous ont dit : « êtes vous sûr de vouloir vivre avec les jeunes car c’est possible qu’ils vous volent ou qu’ils vous tapent. ».


Mais après avoir passé un mois à entamer une rencontre avec les jeunes qui vivent dans le CPAJ, nous étions prêt à venir habiter avec eux et nous étions à peu près sûr que nous ne risquions rien.


Nous avons donc commencé notre vie avec les jeunes. Vie qui consiste à jouer au foot, à discuter, à préparer à manger, à jouer au basket, à regarder les mouches voler pendant 2h assis sur un banc, à aller visiter un membre de leur famille, à marcher par delà les collines,…


 

 





         Quel bilan tirons nous de ce temps de vie ensemble ?

 





Au début bien sûr ils se demandaient bien ce que ces blancs pouvaient leur vouloir et qu’est-ce que nous faisions là. Mais rapidement ils ont compris que nous voulions juste être amis avec eux et la méfiance du départ a fait place à une relation chaude et amicale.  


Aujourd’hui nous avons développé avec les 9 jeunes qui vivent dans le centre ainsi qu’avec un des deux veilleurs de nuit, une relation de confiance beaucoup plus forte que ne l’ont les encadrants du centre avec les jeunes.


Un exemple peut illustrer pleinement le niveau d’amitié et de confiance au quel nous sommes arrivés : il nous arrive régulièrement de prêter notre IPOD ou lecteur MP3 aux enfants du centre, ces fameux « voleurs » et de laisser la clé de notre chambre au veilleur de nuit, Bertin pour qu’il puisse s’entraîner à taper sur notre ordinateur.


Cela fait plaisir de voir l’évolution de nos relations avec les jeunes du « qu’est-ce qu'ils viennent foutre chez nous ces bazungu ? » au « non non, Ben et Ignace sont des banyarwanda » que rétorquent les jeunes quand quelqu’un dans la rue nous traite de « bazungu ».


Vous allez nous dire qu’est-ce que notre vie en commun apporte aux jeunes ?


Eh bien, cela leur montre que …


         Tous les hommes sont des hommes et qu’ils sont tous égaux, que se soit un enfant qui vit dans la rue - considérer par tous comme un moins que rien - ou un blanc - considérer par beaucoup comme supérieur…


         Il n’y a pas de différence entre les blancs et les noirs


         Nous pouvons être amis et se respecter mutuellement malgré nos origines géographiques et sociales différentes


         Ces jeunes sont des êtres humains à part entière et sont digne de respect et de confiance. Nous essayons de leur donner les deux.


         Ils peuvent et doivent être fières d’eux-mêmes et croire en leurs capacités. Rejeter l’image du bon à rien.

 


Et nous qu’est-ce que cela nous apporte ?


Cela nous fait réfléchir sur nos modes de vies. Cela nous apprends à être plus humble. Cela nous fait prendre conscience encore plus fortement qu’auparavant que les « pauvres » ne sont pas de bouts de bois qui se laissent porter par l’eau, mais que ce sont des gens qui se battent au jour le jour pour essayer de mieux vivre.


Et plus simplement cela nous apporte le bonheur de partager tous ces moments de vie avec des amis.


 

 





Voila c’est un peu long, mais c’est ce que nous vivons.  


Au plaisir de vous voir. Prenez soin de vous.

 


Ignace et Ben

Repost 0
Published by Ben et Ignace - dans tuzareba
commenter cet article
17 mai 2006 3 17 /05 /mai /2006 11:35
Lettre ouverte de deux Français travaillant au Rwanda sur l’honneur de notre pays.
 
Alors que nous entamons la dernière semaine de mai, se termine au Rwanda les commémorations en souvenir des victimes du génocide des Tutsis et du massacre des opposants Hutus qui a commencé il y a douze ans le 7 avril 1994. En tant que citoyens français travaillant au Rwanda, nous nous sentons à la fois attristés et inquiets par le déni dont continue de faire preuve notre pays concernant sa responsabilité dans ce génocide.
 
Cette complicité n’a-t-elle pas été clairement établi au fil des années ? Elle a d’abord été mise en lumière par les rapports du sénat Belge, de l’OUA et de l’ONU. Puis, la mission d’information parlementaire française en 1998, notamment dans ses annexes, a permit de mettre le doigt sur le rôle trouble joué par notre pays pendant le génocide. Enfin, les travaux d'une Commission d’Enquête Citoyenne – organisée par quatre associations françaises en mars 2004[1] – ont démontré l’importance de cette complicité et nous obligent à demander l’ouverture d’une véritable enquête parlementaire sur le sujet.
 
Nous sommes blessés de voir que pour le moment ces faits sont le plus souvent niés ou ignorés par les représentants de nos forces politiques, intellectuelles, syndicales, et spirituelles.
 
Certains de ceux qui nient les faits pensent défendre l'honneur de la France. Pourtant, le courage d'un pays et d'une armée qui veulent sauver leur honneur ne serrait-il pas de reconnaître leurs erreurs et de se battre pour que la justice soit rendue ? Quel renouveau pour un pays qui se dit proche des droits de l’homme, s'il ne fait pas réellement l’inventaire de son passé ?
 
Nous pensons que tout le monde a le droit au respect de sa mémoire et donc de sa dignité et que l’avenir de la France ne peut se faire sur l’ignorance, l’oubli et le négationnisme.
 
Ces questions nous amènent à nous interroger plus profondément sur le mépris des peuples et pose la question de l’indifférence à l’homme. Invariablement la question posée par le Général Dallaire, l'ancien commandant des forces de l'ONU au Rwanda en 1994, nous revient à l’esprit : « Tous les hommes sont-ils des êtres humains, ou certains sont-ils plus humains que d’autres ? »
 
Les « simple citoyens » dont nous faisons partis, ont aussi leur part de responsabilité car bien souvent nous avons choisi de ne pas voir ce qui se passait au Rwanda en 1994. Or, n’est-ce pas notre responsabilité à chacun de chercher à comprendre ce qu'en notre nom on a fait au Rwanda, et le mensonge qu'on continue à défendre, aussi en notre nom ?
 
En tant que citoyens Français nous devons donc nous interroger sur le rôle que notre pays a joué dans la tragédie rwandaise et faire en sorte que les responsables soient jugés, mais nous devons aussi soutenir les Rwandais dans leur volonté d'aller de l'avant. Pour cela nous devons commencer par changer notre regard. En effet quand en France nous disons que nous travaillons au Rwanda, nous voyons dans les yeux de nos interlocuteurs de la peur et de l'appréhension. Pour la majorité des Français le « Rwanda » est uniquement synonyme de « génocide ». Comment rebâtir votre pays et vivre de manière fière et digne quand la simple évocation du nom de votre pays éveille la peur dans les yeux du monde ?
 
Nous devons chercher à sortir le Rwanda de cette image négative en mettant en avant la richesse de sa culture, son patrimoine de sagesse, ainsi que la vitalité de sa jeunesse qui fourmille d'initiatives pour essayer de mieux-vivre ensemble.
 
Nous voyons beaucoup d'ONG américaines et européennes venir au Rwanda pour enseigner aux Rwandais comment se réconcilier, comment pardonner,... Ne ferraient-ils pas mieux de venir au Rwanda pour apprendre comment les gens font pour revivre ensemble depuis douze ans ?Bien sûr ce n'est pas facile, et il faudra plusieurs générations pour effacer les traumatismes liés au génocide, mais le fait est là, les gens revivent ensemble. Tous les jours ils développent des ruses anonymes pour essayer de changer le monde, leur monde. Il y a une véritable sagesse qui ressort de leur comportement. Pour apprendre, il suffit d'ouvrir les yeux.
 
Nous voudrions à ce titre citer les paroles d'une association de veuves qui fait un travail extraordinaire depuis la fin du génocide dans la région de Butare au sud du pays. Au départ elles se sont réunies ensemble simplement pour pleurer, puis pour se consoler, puis pour reconstruire les maisons de chacune, puis pour s'entre-aider à racheter du petit bétail... de fil en aiguille cette association est devenue un des organismes les plus dynamiques de la région, un véritable îlot d'espoir pour tous ceux qui étaient perdus.
 
Voici la parole de ces femmes :
 
« Les horreurs que nous avons vécues ne nous autorisent pas à nous taire et d'oublier. Nous ne pouvons pas nous permettre de vivre comme s'il ne s'était rien passé, mais cela ne nous empêche pas de vivre pleinement et d’œuvrer utilement pour l'unité et la réconciliation. Plus nous en parlons et plus nous nous sentons soulagées et libérées d'un poids énorme. Malgré la douleur qui reste permanente, nous sommes fières de ne pas avoir cédé au désespoir, d'avoir refusé de succomber sous le poids de la douleur et du chagrin, et d'avoir pu se relever courageusement pour se rendre utile à la société. »
 
Un proverbe rwandais que ces femmes aiment mettre en avant dit : “Intimba y'intore ntiyibuza guhamiriza, kandi ikizihirwa” : Le chagrin d'une personne courageuse ne l'empêche pas de danser et de se sentir heureuse. Toute leur vie actuelle témoigne ainsi d'une grande victoire de l'espoir sur le désespoir, de la vie sur la mort et sur le génocide lui-même qui croyait avoir le dernier mot.
 
Comment pouvons rester indifférents face à tant d'opiniâtreté et de résistance devant l'adversité ? Comment pouvons nous manquer à se point d'honneur et de dignité que nous refusions encore de reconnaître ce que tout le monde au Rwanda sait et que de nombreux témoignages en France ont confirmés[2], c'est-à-dire que le gouvernement et l'armée française ont soutenu les génocidaires ?
 
Car ce qui fait figure de sujet à polémique en France ne fait pas plus débat au Rwanda que de savoir la couleur du cheval blanc d'Henri IV. Le rôle que la France a joué en 1994 est un fait accompli et connu de tous.
 
Le chemin sera encore long pour créer d'autres relations entre des pays et des peuples qui peuvent encore si peu s'aborder sur un pied d'égalité. Cependant, nous pensons que la France a besoin dès aujourd’hui de prises de position forte sur son histoire avec le Rwanda.
 
Nous invitons les personnalités politiques, intellectuels, et religieuses de notre pays à s’attaquer résolument à ces questions, et à prendre la parole pour aider notre pays à y chercher les réponses. Le silence est indécent car il prolonge l’injustice et rajoute un poids supplémentaire à des femmes, des hommes et des enfants qui essayent de faire face à tous les défis pour rebâtir leur pays et y faire renaître l'espoir. Tâchons d'y apporter notre soutien.
 
 
Benjamin Chapeau et Ignace Fabiani sont animateurs dans un centre
qui accueil des enfants qui vivaient dans la rue à Kigali, la capitale du Rwanda.


[1]              Les travaux de cette commission d'enquête sont disponibles dans l'ouvrage, L'horreur qui nous prend au visage aux éditions Karthala. Vous pouvez aussi consulter le site : www.enquete-citoyenne-rwanda.org
[2]              Voir par exemple l'interview de l'adjudant chef du GIGN Thierry Prungnaud sur France Culture le 22 avril 2005
Repost 0
Published by Ben et Ignace - dans tuzareba
commenter cet article
9 mai 2006 2 09 /05 /mai /2006 11:52

Un certains nombre d’entre vous nous ont demandé « mais qui sont ces jeunes avec qui vous vivez ? » Ce n’est jamais facile de répondre à cette question, mais nous avons essayé d’écrire un petit quelque chose pour répondre…

 



 

 



Le CPAJ est un lieu qui accueille différents types de jeunes. Il s’agit soit d’enfants qui traînaient dans la rue – certains vivent aussi dans la rue, mais d’autres vivent encore dans leur famille – soit d’enfants qui n’ont pas les moyens de payer les frais de scolarité et qui n’ont rien à manger chez eux.

 



La condition de vie des enfants et des jeunes se caractérise avant tout par un manque de perspectives. Beaucoup d’entre eux n’ont plus de famille proche pour les encadrer à cause du génocide ou du fléau VIH/SIDA.

 



 

 



Voici les différentes catégories de jeunes venant au CPAJ :

 



 

 



·        Il y a des jeunes de 8 à 18 ans qui ont été réintégré dans des écoles primaires du quartier et dont le centre paye le minerval, c’est-à-dire les frais de scolarités. Ces jeunes viennent manger tous les midis au centre. Ils sont environs 80. Nous faisons peu d’activités avec eux, sauf parfois des foots et du basket les midis.

 



 

 



·        Parmi ces jeunes qui vont à l’école primaire, 9 habites dans le centre et les autres rentrent chez eux (c’est-à-dire chez un membre plus ou moins proche de leur famille ou dans une famille d’accueil). La politique du gouvernement – suivi par le centre – est en effet de chercher à réintégrer le plus rapidement possible les enfants dans leur famille. Etant donné que nous habitons aussi dans le centre, nous passons beaucoup de temps avec ces 9 jeunes à vivre tout simplement. Vivre, cela consiste à jouer au foot, à discuter, à préparer à manger, à jouer au basket, à regarder les mouches voler pendant 2h assis sur un banc, à aller visiter un membre de leur famille, à marcher par delà les collines,…

 



 

 



·        Il y a des jeunes de 15 à 25 ans pour qui le centre paye les frais de scolarités de l’école secondaire (équivalent au collège et au lycée en France). Ils sont au nombre de 30. Ils restent dans des internats et ne fréquentent le centre que pendant les vacances scolaires.

 



 

 



·        Il y a des jeunes de 13 à 21 ans qui suivent une formation professionnelle (de coiffure ou de couture) dans le centre lui-même. Ils sont 20 par formation. Nous leur donnons des cours de français deux fois par semaine. Une après-midi par semaine nous animons un temps sportif avec eux.

 



 

 



·        Enfin il y a les « nouveaux » c’est-à-dire des petits qui sont arrivés au CPAJ il n’y a pas longtemps et donc qui ne suivent pour l’instant ni l’école primaire, ni une formation professionnelle et donc qui traînaillent toute la journée au centre… C’est avec eux que nous faisons régulièrement des ateliers pains.

 



 

 



 

 



Comprendre ce qui a poussé les jeunes à intégrer le centre n’est pas une mince affaire. En l’espace de quatre mois, notre degré de complicité a été suffisant, parfois, pour entrevoir l’histoire de quelques uns, mais pour le plus grand nombre le mystère demeure.

 



 

 



Pour vous faire toucher du doigt les réalités que nous échangeons avec les jeunes voici quelques témoignages de ce que certains ont vécu :

 



 

 



Témoignage 1 :

 



Je suis la fille de MUKANZIMURINDA Françoise et BIZIMUNGU Hamis, je suis née en 1987 à BUTAMWA ; je vis avec ma mère car mon père est en prison.

 



Souvent j’allais à la décharge pour chercher comment je peux vivre avec ma famille soit en cherchant les charbons pour les vendre, soit en cherchant les patates pour les porter à la maison.

 



 

 



Un jour, un Encadreur répondant au nom de NTAGANDA Jean Pierre m’a rencontré là-bas et il m’a écrit pour venir apprendre le métier, maintenant j’apprends la COUTURE au C.P.A.J.

 



 

 



 

 



 

 



Témoignage 2 :

 



Je suis orphelin de tous les parents et je suis né en 1986 au BURUNDI, j’ai perdu ma mère après le retour au RWANDA et mon père était soldat, il est mort au champ de bataille.

 



 

 



Nous sommes arrivés au RWANDA en 1994, en 1995 ma mère est morte à KIBUNGO, après quelques semaines ma tante est venue nous garder, moi et mes petits frères, j’ai continué les études de façon que j’ai réussi l’Examen d’Etat, comme ma tante n’avait pas les moyens de me payer le minerval, je suis venu chez mon oncle qui pouvait m’aider avec le minerval, mais il a refusé.

 



 

 



Après avoir perdu mes études, je suis venu dans la rue pour voir si je peux sauver mes frères, c’était en l’an 2000, là-bas j’ai mal vécu car je n‘ai pas trouvé l’argent ou la vie comme je pensais. Un jour quand j’étais à KICUKIRO, j’ai entendu qu’il y a un centre tout près qui est le C.P.A.J. et qui aide les enfants de la rue. Alors très tôt le matin j’y suis venu et j’y ai été inscrit.

 



 

 



Témoignage 3 :

 



Je suis la fille de NTAGENGERWA Jean Marie Vianney et

 



MUKANYARWAYA, je suis née en 1986 à NYANZA, j’ai vécu avec mon père, j’ai perdu ma mère pendant le génocide, après la guerre nous sommes restés avec mon père quelques temps ; et puis mon père fut emprisonné. Nous avons eut la mauvaise vie et je me suis décidée d’aller à la décharge pour trouver comment je peux vivre en cherchant de quoi manger et l’argent. Apres j’ai eu la chance de rencontrer l’encadreur de C.P.A.J. qui m’a donné les conseils d’arriver au centre pour apprendre le métier qui peut m’aider dans le futur pour que je puisse faire quelque chose qui peut m’aider, alors c’était à moi de choisir ce que je dois apprendre, mais après ça on m’a appris beaucoup de chose qui m’ont aidé à changer les idées que j’avais quand j’étais à la décharge.

 



 

 



Voila.

 



 

 



Umunsi mieza.

 



 

 



Ben et Ignace

 



Repost 0
Published by Ben et Ignace - dans tuzareba
commenter cet article
7 avril 2006 5 07 /04 /avril /2006 11:28

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est trois photos représentes ce qu'on voit tous les jours de notre fenetre…


 

 

 

 

 

C'est pas le rêve de pouvoir jouer sur un terrain de foot entroué de paysages célestes comme celui-ci ?


 

 

 

Voici deux des protagonistes de l'histoires…


 

Repost 0
Published by Ben et Ignace - dans tuzareba
commenter cet article
29 mars 2006 3 29 /03 /mars /2006 12:49

Afin de refaire nos visas nous sommes partis 3 jours au Burundi la semaine dernière. Récit.

 

 

 

Un week-end d’évasion au Burundi…

 

 

 

Dimanche, 5h30. Le réveil sonne et nous draine douloureusement de nos douces rêveries nocturnes… Dehors, un ciel noir déchiré par d’innombrables éclairs rouges. Le soleil se lève. Départ pour la gare de bus de Nyabugogo.

 

 

 

7h10. Le bus se met en mouvement.

 

 

 

Les collines se succèdent aux collines. Le vert au vert. Nos cerveaux friands d’associations d’idées voguent des monts du lyonnais à la drome provençale. N’est-ce pas le col de Malval qu’on voit au loin ? A moins que ce soit les gorges de l’Ouvèze…

 

 

 

Soudain au détour d’une colline, au milieu de nulle part, une douane, une frontière.

 

 

 

Sortie du Rwanda sans problème

 

 

 

Entrée au Burundi plus cocasse :

 

-         « Quoi vous n’avez pas de visa pour le Burundi ?!? »

 

-         «  Euh… non, nous pensions que vous pouviez nous en faire un maintenant… »

 

 

 

Le garde lâche un grognement sourd et hostile et nous siffle entre ses dents :

 

-         « Donnez 20 dollars chacun. »

 

-         « Euh… en fait nous n’avons que des francs rwandais… »

 

 

 

Exaspéré, il nous dit :

 

-         « Débrouillez-vous ! »

 

 

 

Nous nous sommes débrouillés. Nous sommes entrés au Burundi. Notre bus est repartit - avec 45 minutes de retard grâce à nous…

 

 

 

Le Burundi c’est… comme le Rwanda. Collines et forets. Peut être un peu plus vert… Puis, brusquement l’encaissement fait place à l’ouverture. L’exigu à l’immensité. Inattendue, une pleine démesurée s’offre à nous. Perdu dans cette étendue étonnante pour nos yeux habitués aux milles collines, Bujumbura, la capitale Burundaise se couche sur les bords du lac Tanganyika.

 

 

 

A notre arrivée nous retrouvons Gaëlle, une fille de notre classe qui fait son stage la-bas. Le hasard du jeu des relations humaines veut pourtant que nous ne la connaissions pas du tout auparavant… Nous lui avons parlé plus longtemps en 48h qu’en deux ans à Lyon. Sourire.

 

 

 

Aussitôt débarqué, nous prenons avec Gaëlle et sa colloque italienne Paola la direction de la plage… Lac Tanganyika oblige.

 

 

 

Le sable fin s’écoule paresseusement à travers nos doigts de pieds. Un œil distrait balaye l’horizon. Auréolé d’un magnifique arc-en-ciel, les collines saillantes font le gros dos avant de plonger gracieusement dans les profondeurs du lac. Sur la berge, « Buja » s’étale langoureusement jusqu’à grignoter les flancs des premiers soubresauts de la terre. Austère, froid et arrogant, un ancien monastère jésuite se détache d’un mont proéminent pour toiser nonchalamment la ville. Bien que récemment transformé en université, il semble garder sa rigueur morale d’antan.

 

 

 

Dans la ville, le délabrement, les voix basses, et les casques bleus de l’ONU témoignent d’une époque qui n’est pas encore tout à fait révolue. Les traces de la guerre sont partout. L’ambiance est lourde et presque oppressante. Les blancs qui travaillent dans des ONG ou des organismes de nations unies, n’ont pas le droit de marcher dans la rue, ni de ramener des burundais chez eux…

 

 

 

En contemplant la beauté simple et naturelle de la plage qui s’étend à perte de vue et en pensant à tout cela, la même question revient toujours nous hanter : « Comment pouvons nous aller si bien, dans un monde qui va si mal ?!? »

 

 

 

Il n’y a pas de réponse. Nous pouvons simplement essayer de manière humble et modeste de profiter de notre bonheur et de le partager avec tous ceux qui nous entourent.

 

 

 

La suite n’est pas très originale. Discussions. Lectures. Cuisine (et oui, il fallait bien remercier nos hotes de leur accueil…). Course poursuite en taxi pour atteindre l’ambassade du Rwanda avant qu’elle ne ferme pour chercher notre visa. (Evidemment le fait de vivre sans montre cela peut avoir quelques légers inconvénients… Entrain de faire du pain nous perdons naturellement la nation du temps. Tout d’un coup une petite voix à l’arrière de nos têtes nous dit qu’il serait temps d’aller chercher nos visas… Nous sortons et cherchons longuement un taxi… Des que nous montons dedans nous demandons au chauffeur l’heure et il nous dit : 17h25. Ce qui nous donne l’occasion de lui balancer une réplique de films :

 

-         C’est bien si à 17h29 nous sommes à l’ambassade du Rwanda.

 

Le chauffeur se contente de nous répondre :

 

-         C’est possible.

 

Nous avons eu nos visas. Mais ils durent seulement un mois. Nous avions espéré trois. Il va falloir qu’on fasse quelques démarches ici à Kigali. Pas de problème.)…

 

 

 

En rentrant au Rwanda et en déambulant dans les rues de Kigali nous avions vraiment l’impression de rentrer à la maison.

Repost 0
Published by Ben et Ignace - dans tuzareba
commenter cet article
11 mars 2006 6 11 /03 /mars /2006 15:33

Eh oui, encore un message des apprentis boulangers rwandais !


 

 

 

 

Aussitôt installé dans nos nouveaux appartements ministèriel, nous en avons profité pour faire du pain avec les « nouveaux », c’est-à-dire des petits qui sont arrivés au CPAJ il n’y a pas longtemps et donc qui ne suivent pour l’instant ni l’école primaire, ni une formation professionnelle donc ils traînent toute la journée au centre…


 

 

 

Nous avons donc décidé de faire des pains « Nadejda » (autrement appelé « Friendship bread » car il se partage facilement entre tous…)


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour faire tiédir l’eau, et cuire le pain on utilise un réchaud et un four à charbon…


 

 

 

 

 

Faire le pain avec les jeunes c’est toute une affaire, mais on s’est vraiment bien marré et les jeunes étaient contents de pouvoir proposer aux 100 enfants qui mangent dans le centre le midi un morceau du pain qu’ils avaient fait eux-même !


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour info voici la recette de ce pain selon la manière dont nous le faisons :


 

 

 

1 kg de la farine

 

 

2 cuillères à soupe d’huile

 

 

4 cuillères à soupe de sucre (les Rwandais préfèrent le pain sucré au pain salé)

 

 

1 cuillère à café de sel

 

 

15 g de levure de boulanger (pas fraîche)

 

 

2 œufs

 

 

50cl d’eau tiède

 

 

 

 

 

 

Diluer la levure dans 10 cl d’eau tiède. Rajouter petit a petit la farine et le reste d’eau.


 

 

 

Rajouter ensuite le sel, le sucre, l’huile et les blancs d’œufs.


 

 

 

Quand la pâte ne colle plus aux doigts, la pétrir 10 minutes.


 

 

 

Laisser reposer une heure.


 

 

 

Etaler la pâte et couper des bandes de 10 centimètres de hauteur. Dans cette bande, couper des triangles. Rouler chaque morceaux de l’extérieur vers l’intérieur puis les mettre à la verticale dans un moule préalablement beurré et fariné (en laissant un peu d’espace entre les morceaux).

 

 

 

 

 

Laisser ensuite reposer une heure à nouveau.

 

 

 

 

 

Badigeonner la surface avec le jaune d’œuf et mettre au four à 180-200 degrés pour environ 30-40 minutes.

 

 

 

 

 

Bon appétit !

 

Repost 0
Published by Ben et Ignace - dans tuzareba
commenter cet article
9 mars 2006 4 09 /03 /mars /2006 13:44

Les collines de Kigali sont toujours aussi belles…

 

 

 

Qu’est-ce qu’on peut faire avec une courge-citrouille-pumkin qui traine chez soi ?

 

 

Réponse en 3 temps :

 

 

 

L’évider, et faire cuire la chaire avec du lait de coco, des oignions et des épices pour en faire une délicieuse soupe…

 

 

 

Servir la soupe dans la courge évidé, c’est la classe…

 

 

 

Puis pour troubler les voisins creuser un joli visage dans la pumkin, allumer une bougie dans ses entrailles et en faire un jackolantern. Succès garanti.

 

 

 

 

Nous avons donc enfin déménagé dans le centre… Nous nous sentons beaucoup mieux dans ce petit nid douillet que dans la grand baraque de Basungu… On se croirait presque dans un refuge Pyrénéen !

 

Repost 0
Published by Ben et Ignace - dans tuzareba
commenter cet article
20 février 2006 1 20 /02 /février /2006 12:22

Un mois. C’est long. C’est court. Notre perception du temps est floue et instable. 6 mois. C’est long. C’est court. Nos perspectives sont brouillonnes et fragiles. Mais on est là et on vit tout simplement. Nous avons la prétention de changer la vie de personne, si ce n’est la notre.

Les gens qu’on rencontre, blancs, mais aussi certains rwandais – notamment ceux qui bossent dans des ONG – sont surpris par notre manque d’ambition… Pourtant nous avons l’ambition la plus haute qui soit : être heureux et partager notre bonheur avec les personnes qui nous entourent, en l’occurrence les enfants qui viennent au centre.  

Pour l’instant cela se passe plutôt bien. Avec les jeunes nous avons dépassé le stade de l’observation mutuelle tintée de méfiance pour laisser la place à une amitié tinté de beaucoup de bonne humeur…

En effet, notre prononciation du kinyarwanda, leur prononciation du français, notre apprentissage de la danse traditionnelle rwandaise,… sont toujours l’occasion de grands éclats de rire.

Une douce moquerie bienveillante que nous échangeons avec plaisir.

On sent déjà les limites d’un voyage aussi court et en même temps, on ressent les possibilités infinies que nous offre chaque journée nouvelle. On essaye de vivre l’instant présent. Le présent ne s’arrête jamais. Il se contente d’être et c’est déjà bien suffisant. Quand il daigne accepter notre modeste compagnie, nous faisons un bout de chemin avec lui…

Voila ce que donne un mois au Rwanda : 31 jours de bonheurs à utiliser nos deux oreilles, nos deux yeux, nos deux jambes et nos deux bras…

Repost 0
Published by Ben et Ignace - dans tuzareba
commenter cet article
17 février 2006 5 17 /02 /février /2006 14:16

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bon ok, cela ne ressemble pas encore à la photo, mais ça vient… Avant on faisait juste des pains « normaux »… maintenant on essaye de faire des baguettes, des bagels, de la brioche, des pains au raisins à la banane (car y’a pas de raisins ici),…

 

Nous voudrions d’ailleurs en profiter pour remercier Esther et Véronique qui ont offert le bouquin de pain à Ben pour son anniversaire ! C’est clairement le bouquin le plus important que nous ayons ramené au Rwanda ! (et pourtant on en a ramené plus de 50…)  

 

 

 

Cette photo est extraite du site de Guillaume, notre voisin suisse : http://rwanda.ledcom.ch

 

 

 

 

Avouez que cette fois ci la ressemblance est troublante… We’re getting somewhere. Smile.

 

Repost 0
Published by Ben et Ignace - dans tuzareba
commenter cet article